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25.09.2007
Enfance et schizophrénie
C'est marrant, mais je pensais tout à l'heure, que mon blog devait bien être sur beaucoup de sites politiques. J'ai souvent rencontré un lien amenant sur mon blog chez mes amis du Modem. C'est bien beau tout ça ! Mais mon blog, c'est mon blog ! Mon moyen d'expression ! Et pas le moyen d'expression d'un homme politique ! Quelque soit les qualités de ce dernier d'ailleurs. J'ai donc décidé de parler de moi dorénavant et de reprendre le fil normal de ce blog. Le contenu politique va donc progressivement s'effacer. Après tout, on a pas besoin de moi, pour parler de la dette, des banlieues ou du prix de l'essence. Maintenant que j'ai de nouveau repris possession officiellement de mon blog, une question s'impose d'elle même : Un blog oui, mais pour parler de quoi ? Eh bien pour parler de moi.
J'ai grandi dans une famille relativement protégé de la région parisienne. J'ai la plus grande tendresse pour cet endroit qui a bercé mon enfance, et qui finalement est une partie de moi. Je ne suis pas étranger à cette terre, et à sa beauté. Je me souviens de mes amis d'enfance, au loin disparus. Je me souviens des jours de peine et des jours de joie. Mais revenons à ma famille. Mon père est un homme exceptionnel. Il fut successivement, reçu premier à l'école des beaux arts, peintre, chanteur d'opéra, et directeur d'agence de publicité. Je vénère cet homme excessif, qui a tous les défauts du monde, mais aussi les plus belles qualités de coeur, d'intelligence, et de tendresse que l'Humanité portent en elle. Ma mère, est si différente de mon père mais finalement tellement semblable. Aujourd'hui c'est de la tendresse que je ressens pour elle. Car malgré nos disputes, elle reste ma douce mère, éternelle, belle et fière, comme je l'ai connu. Dans ce milieu qui aurait pu être propice à mon épanouïssement, j'ai connu un drame de l'enfance, qui résonne dans mon coeur aujourd'hui comme hier. Ce drame, ce fut la maladie ! Mais ce n'était pas moi le malade, ce n'était pas moi qui souffrait !! Et pourtant aujourd'hui c'est moi qui souffre toujours pour lui. Peut être est cela la punition de Dieu ? Mais de quoi parle t'il, me diriez vous ? Je parle de la schizophrénie de mon frère ... Je suis le cadet de la famille, mais j'ai rapidement senti que je serais de fait l'ainé. En effet à mes 12 ans, je me suis rendu compte que les problèmes que je ressentais déjà auparavant chez mon frère allait en s'agravant de plus en plus. Ainsi il avait 17 ans et se retrouvait incapable de répondre à de simples questions dont je connaissais moi la réponse ! Que pensez vous qu'il se passait dans ma tête, lorsque je me rendis compte de cela ??! N'y avait il pas de quoi devenir fou à son tour ? Je ne le devins pas. Mais je me mis à redouter le pire, et le pire arriva. Un soir mon frère qui depuis des années, naviguait d'échec scolaire en échec scolaire, rentra chez mes parents, en délirant, s'accusant de meutre ... Il pleurait, il pleurait ... Je me souviens de la colère de mon père. Je me souviens du médecin qui est venu, qui a diagnostiqué la maladie mentale. Je me souviens des après-mid où mon frère pleurait sur le canapé, totalement abruti par les médicaments, je me souviens de tout cela. Je me souviens aussi des colères de mon frère avec mes parents, de l'atmosphère tellement horrible de tout cela, et de mes années, d'enfance et d'adolescence, passées à pleurer le sort de mes parents et à en vouloir à mon frère pour ce qu'il nous faisait subir. Aujourd'hui je sais que je n'aurais pas du lui en vouloir, et que malgré son comportement psychotique, nous n'aurions pas du lui en vouloir. Mais que pouvions nous faire ? Etions nous médecin ? Comme aurais je du réagir ? Je sais que j'aurais voulu crier ma douleur au monde pendant toutes ces années !! Or j'allais en cours comme si de rien n'était, cachant au fond de moi, cette douleur qui me rongeait. Aujourd'hui, je le fais. J'ai vu une psychiatre au sorti de mon adolescence. Je peux dire qu'elle m'a aidé à parler de tout ça. Car on ne sait pas ce que sait de vivre avec un schizophrène pendant tout une vie, si on ne l'a pas vécu soit même. Et si quelqu'un lit ce texte, je m'en excuse de ne pas parler de poésie, des fleurs, ou de jolies choses. J'en suis désolé, mais j'avais envie d'écrire sur ce que j'ai vécu. Mon frère a tant souffert. Mais parfois, les grandes tempêtes laissent un peu de vie après leur passage. C'est ce qu'il arriva avec mon frère. Aujourd'hui il va mieux. Je peux dire qu'après 12 ans je n'ai plus eu d'enfance heureuse, et que mon adolescence n'exista pas. Tout cela a fait que je n'ai connu le véritable amour pour la première et unique fois de mon existence que bien tard, avec une fille très sensible qui avait bien autant de problèmes que moi. Est ce pour cela que je l'aimais ? Aujourd'hui, je crois que mon enfance m'a rendu asocial et a détruit cette relation. Mais ce n'est pas que je suis misanthrope ou que je n'aime pas les autres. Mais pour reprendre le mot de Sartre, je crois réellement que "l'enfer c'est les autres". Mais je sais également, qu'il est également impossible de grandir sans les autres. Tout cela pour dire, que les gens souvent ne me comprennent pas, et pensent que je suis asocial par choix, par vocation ... Mais au final, personne ne connaît mon lourd secret. Aujourd'hui je n'en veux à personne. Le monde est ce qu'il est. Je suis bien ce que je suis. C'est à dire quelqu'un avec une tristesse "originelle" en lui. Mais je sais qu'il y a une barbarie inérente à notre existence, au delà de la sécheresse des chiffres, au delà de l'inhumanité de nos sociétés modernes fondées sur le profit et le pouvoir. La première barbarie est celle que Dieu a mise en nous en rendant certains enfants malades et d'autres bien portants. Comment de cette douleur pourra t'il naitre un jour une lumière ? A cette question personne n'a aujourd'hui la réponse. Tout cela pour dire que le monde dans lequel, je vis me paraît bien terne. Les vies des gens que je cotoîe me paraissent bien fades. J'ai parfois du mal à soutenir mon attention lorsque quelqu'un me parle de ses passions ou simplement de son week-end. Comment pourrais je écouter quelqu'un qui me parle de lui, moi qui ne parle casiment jamais de moi, à personne, sauf à mes proches. J'ai toujours l'impression à ce moment là de rentrer dans la vie de quelqu'un et que cela ne me regarde pas. Mais le plus drôle c'est quand les gens me parlent en général d'eux ou de leur enfance, pensant que je les comprends totalement alors que je n'y comprends rien. Comment pourrais je savoir ce que c'est une enfance normale, ou une vie simplement normale ? La dernière phrase qui m'a bien fait marrer c'était : "vous savez à 15 ans lorsqu'on faisait des boums". J'ai pensé à ce moment là, "à 15 ans je pleurais en cachette le soir et dans la journée je regardais mon frère en train de s'autodétruire... alors les boums ... " Mais encore ce n'est rien. C'est bien plus difficile pour moi de comprendre le concept de vie à 2 ou de vacances à 2. Parlez de vos souffrances et je vous entendrais.
Pourquoi avoir écrit tout cela aujourd'hui ? J'en avais besoin. Je m'excuse si ce texte a pu choquer ou heurter ... J'espère qu'il pourra aider les personnes qui sont dans cette situation ou qui ont un enfant ou un parent schizophrène.
Stéphane G.
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